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Tarots de Marseille

Tarots de Marseille
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Les tarots apparaissent sous des formes magnifiques dans les cours royales, les châteaux de la noblesse et les riches manoirs. En 1392, le roi de France Charles VI fait peindre trois jeux de cartes, véritables oeuvres d’art célèbres. Le peintre Gringonneur les a peints sur du vélin au dos argenté, avec des coins d’or, utilisant du lapis-lazuli pour le bleu du ciel et un riche pigment rouge, connu sous le nom de « poudre de momie ». Dix-sept de ces cartes uniques nous sont parvenues et sont conservées à la Bibliothèque nationale à Paris. Les cartes de Gringonneur s’écartaient de l’esprit original des tarots en ce que les figures étaient plus esthétiques et mystérieuses. Au siècle suivant, des cartes identiques furent peintes pour le duc de Milan et d’autres puissantes familles de l’Italie du Nord. En dépit de leur prix et de leur valeur artistique, les cartes de tarot furent à nouveau condamnées, cette fois par saint Bernardin de Sienne en 1423. De nombreux jeux furent brûlés, parmi lesquels certains de grand prix. Après quoi, les dirigeants politiques et religieux de l’Europe s’ef-forcèrent d’enrayer le développement des cartes de tarot. Les pieux les considéraient comme « une provocation païenne » à l’égard de l’Église et interdirent leur usage comme étant une impiété. Ce fut pour des raisons économiques, au contraire, que les autorités vénitiennes en 1441 et le roi d’Angleterre en 1463 interdirent d’en importer. A la longue, ces prohibitions firent perdre leur popularité aux tarots et les gens cherchèrent d’autres moyens plus simples pour essayer de voir leur avenir. Consulter les tarots devint un jeu ou un passe-temps innocent, comme de jouer avec des cartes ordinaires. Il fallut attendre la fin du 18eme siècle pour que les tarots soient à nouveau pris au sérieux comme moyen de connaître le futur. L’homme responsable de cette renaissance fut un érudit français, Antoine Court de Gébelin, qui consacra sa vie à la rédaction et à la publication d’un ouvrage monumental, Le Monde primitif analysé et comparé au monde nouveau. Neuf volumes de cette oeuvre inachevée parurent entre 1773 et 1784.

Le huitième volume, sorti à Paris en 1781, contenait une partie intitulée « La Renommée des tarots ». Gébelin y disait : « Si l’on savait qu’il existe de nos jours une oeuvre de l’ancienne Égypte, un de ses livres ayant échappé à la destruction… un livre sur leurs doctrines les plus pures et les plus intéressantes, tout le monde serait sans doute impatient de connaître une oeuvre aussi extraordinaire et précieuse. » Gébelin lui-même avait été initié aux tarots chez un ami et, montrant comme à son habitude un savoir étendu, il déclarait que sans aucun doute les cartes « avaient vu le jour en Égypte ». Pous-sant ses recherches, il en trouva la confirmation en constatant que les tarots ne sont rien d’autre que les restes du célèbre livre égyp-tien d’enseignement de la magie, Le Livre de Toth. « Il n’y a pas le moindre doute dans mon esprit », a-t-il déclaré, « que les images et symboles des tarots contiennent les réponses aux pouvoirs occultes et à la sagesse du monde ancien. Et ce qui était bon alors vaut aussi pour notre temps ». La découverte de la pierre de Rosette en 1799, qui permit de déchiffrer l’écriture de l’ancienne Égypte, enleva beaucoup de sa valeur à cette opinion sur l’origine des tarots. Entre-temps, les idées de Gébelin avaient été adoptées avec enthousiasme par un coiffeur-perruquier parisien nommé Alliette, qui se mit en devoir de reconstituer ce qu’il disait être les dessins originaux des cartes égyptiennes. Déclarant que les figures et leur signification avaient été dénaturées au cours des siècles, Alliette fit paraître une série de livres sur les tarots, qui eurent un grand succès. « J’ai étudié les mystères des cartes pendant plus de trente ans », dit-il, « et c’est seulement maintenant que je commence à les comprendre à leur ni-veau le plus élevé et le plus vrai )). En dépit des efforts intellectuels requis pour apprendre et interpréter les mystères des tarots, ceux-ci firent des milliers de nou-veaux adeptes au temps de Napoléon.

L’Empereur avait la réputation de croire fermement aux diseuses de bonne aventure. Il possédait même son livre personnel de divination, qu’il consultait avant chacune de ses batailles. Le grand homme était fasciné par les talents de Marie Lenormand, qui, à l’aide d’un jeu de tarots de son invention, sut lui prédire son mariage avec Joséphine. Par la suite elle fut nommée auprès de l’impératrice. Napoléon ne l’en fit pas moins emprisonner à deux reprises pour avoir fait des prophé-ties ne correspondant pas avec ses plans et se fâcha tout rouge quand elle lui dit que les cartes prévoyaient qu’il serait pendu ou tué par un boulet. (L’humeur de l’Empereur ne se radoucit d’ailleurs pas quand la voyante, perdant patience à son tour, lui jeta les cartes à la figure. Pendant les premières décennies du 19eme siècle, les adeptes du tarot continuèrent dans les salons élégants français à retourner le bourreau, le jongleur, le fou, le diable et les autres cartes symboliques traditionnelles. Toutefois, leur influence ne fut pas aussi grande dans les autres pays européens. En Angleterre, par exemple, on ne relève pas d’emploi des tarots depuis la fin du xvie siècle, époque où Henry Cuffe, secrétaire du comte d’Essex, avait demandé qu’on lui tire les cartes. La tireuse de cartes lui demanda de prendre trois cartes dans un jeu de tarots et de les placer la face cachée sur une table, Cuffe s’exécuta puis, sur ses indications, retourna les cartes dans l’ordre où il les avait tirées. La première représentait en pied un homme escorté de soldats en armes, la deuxième montrait un juge au visage sinistre, la troisième une potence. Sur le moment, Cuffe ne fit que rire de ces présages pourtant clairs, notamment celui du bourreau. Pourtant, le 13 mars 1601, il fut accusé de trahison envers la reine Élisabeth, traîné à Tyburn, où se trouvait le gibet de Londres, et « pendu par le cou jusqu’à ce que mort s’ensuive ».

L’intérêt pour les tarots persista en France pendant tout le 19eme siècle. Un des adeptes les plus éminents fut Alphonse Louis Constant, plus connu sous le pseudonyme d’Éliphas Lévi. Il acquit une connaissance approfondie de l’usage et de l’interprétation des tarots. Élevé dans un séminaire catholique et ordonné diacre, il abandonna la soutane pour épouser une jeune fille de seize ans. Quand elle le quitta en emmenant leurs deux enfants, Lévi se tourna, pour se consoler, vers l’étude de l’occultisme. Il s’intéressa particulièrement aux tarots qu’il estimait liés à la Cabale. Ce système de pensée occulte, dû aux mystiques juifs, est l’une des plus anciennes écoles mondiales de. croyances mystiques.

Pendant de nombreux siècles, la Cabale fut regardée comme la véritable clé de tous les mystères de l’univers. Elle influença presque tous les philosophes de la période allant de son apparition à la fin du mie siècle. Elle a eu de nombreux adeptes dans des périodes plus récentes et en a encore aujourd’hui. En 1856, Lévi publia un livre intitulé Rituel de la haute magie. Il y déclarait : « La clé universelle des oeuvres magiques est celle de tous les anciens dogmes religieux, la clé de la Cabale et de la Bible… Aujourd’hui, nous avons retrouvé cette clé (le tarot), considérée pendant des siècles comme perdue et nous avons pu ouvrir les sépulcres du monde antique, faire parler les morts, restaurer les monuments du passé dans toute leur splendeur, comprendre les énigmes de tous les sphinx et pénétrer dans tous les sanctuaires. Dans l’Antiquité, seuls les prêtres de rang élevé étaient autorisés à se servir de cette clé et seule l’élite des initiés connaissait parfaite-ment ses secrets. » Bien que se considérant comme appartenant à « l’élite des initiés », Lévi n’avait jamais eu le temps ou la patience de dessiner un jeu de tarots complet répondant à ses idées. Un tel jeu aurait dû comprendre 1′ « Arbre sacré », représentation cabalistique de 1′ « anatomie de Dieu », composé de 10 cercles joints par 22 lignes — les cercles étant les états spirituels et les lignes les chemins qui y mènent. Le dessin adopté pour la plupart des jeux modernes euro-péens ont été transmis par un successeur de Lévi nommé Oswald Wirth. Ses idées furent répandues, plus tard, par le Dr Gérard Encausse. Celui-ci pensait, tout comme Lévi, que les tarots ont été amenés en Europe par les Bohémiens. Encausse suivit l’exemple de la majorité des spécialistes de tarots des xvme et xixe siècles en écrivant sous un pseudonyme, pratique adoptée pour impressionner et surtout pour se mettre à l’abri des railleries et des insultes. Encausse, sous le nom de Papus, écrivit sur les tarots une « Bible des Bibles ». On lui doit, pour une large part, la vulgarisation des tarots dans les pays d’Europe centrale. En ce qui concerne les États-Unis et la Grande-Bretagne, les cartes étaient aux mains d’autres prophètes. En 1.887, Londres vit se fonder l’ « Ordre hermétique de l’Aube dorée ». Ce groupe suivait les enseignements de Lévi sur certains points mais s’en séparait largement sur d’autres. L’Aube dorée se fit connaître dans le monde de l’occultisme principalement grâce aux efforts d’un homme appelé MacGregor Mathers ou Le Compte de Glenstrae. Son système reposait aussi sur celui de la Cabale et soutenait que l’Arbre sacré pouvait être escaladé par l’homme jusqu’à ce qu’il soit, d’une certaine façon, en contact avec Dieu.

Les 22 cartes des arcanes majeurs étaient liées à la fois aux 22 trajets de l’Arbre sacré et aux 22 lettres de l’alphabet hébreu. Dans cette formulation cabalistique des cartes, on tentait de montrer la relation entre Dieu, l’homme et l’univers. Mathers et autres membres de l’Aube dorée apportèrent également des changements au dessin des tarots et donnèrent à ceux-ci des significations totale-ment différentes.